© Sacha Bernardson 2019

Postkaarten, Sacha Bernardson

Je suis parti au Pays-bas, avec mon amour de l’époque, c’était mon premier hiver sous la neige, alors je me suis cloitré chez moi avec cette vue de carte postale.
Cette sorte de replis m’a donné envie de faire des morceaux plus long et de travailler des espaces.
Pour me donner des perspectives, j’ai travaillé des centaines de petits bruits et j’ai cherché à leur donner des matières très naturelles, comme sur Under Zero et ce son givré, ou les craquements de bois dans Rien.
Je crois que j’avais aussi envie d’explorer un coté plus sensuel du son, le grésillement d’un compresseur et certaine fêlure dans les enregistrements m’ont rappelé le caractère électrique de mon instrument, et mon regard dessus a changé, la technologie si froide m’est apparue organique et vivante.
J’étais dans un état d’entre-deux, l’effet transitoire d’un déménagement, dans ce pays presque timide et doux. Lorsque j’arrivais vers la fin des enregistrements pour Postkaarten, j’ai ouvert en grand les fenêtres, c’était le début du printemps, j’ai enregistré Idiosyncrasy avec les oiseaux du quartier.
Les thèmes évoqués dans cet album ont pris une autre dimension lorsque la même année j’ai commencé à écrire Dormancy, il y avait déjà cette ombre, ou du moins une sorte de peur, comme une appréhension latente.
La musique est pour moi un langage qui s’exprime sur plusieurs longueurs d’ondes en même temps, on pourrait alors voir le langage parlé comme quelque chose de binaire, alors que la musique serait en 6 dimensions.
Dans l’acte musical, il y a comme un besoin de vérité, c’est au-delà de sublimer un instant ou d’exprimer une émotion, c’est brutalement être. Je crois avoir lu des choses similaires en ce qui concerne la danse et aller au-delà du corps.
Je me dis parfois que Postkaarten est aussi le témoignage de ce qui sera depuis un sentiment permanent : le manque…. de ma famille, mes amis, d’où je viens...

I moved to the Netherlands, with my love at this time, it was my first winter in the snow, so I huddled home with this postcard view.

This kind of folds made me want to make longer tracks and work on spaces.
To give me perspective, I worked hundreds of little noises and I tried to give them very natural textures, like on Under Zero and that frosted sound, or crackling wood in Rien.

I think I also wanted to explore a more sensual side of the sound, the sizzle of a compressor and some crack in the recordings reminded me of the electric character of my instrument, and my point of view on it changed, the technology usually cold appeared to me organic and alive.

I was in a state of in-between, the transitory effect of a move, in this timid, soft and gentle contry. When I reached the end of the recordings for Postkaarten, I opened the windows wide, it was the beginning of spring, I recorded Idiosyncrasy with the birds of the neighborhood.

The subject evoked in this album took on another dimension when in the same year I started to write Dormancy, there was already this shadow, or at least a kind of fear, as a latent apprehension.

Music is for me a language that is expressed on several frequencies at the same time, like if spoken language as something binary, music could be a 6D one.
In the musical act, there is as a need for truth, it is beyond subliming a moment or expressing an emotion, it is brutally being. I think I have read similar things about dancing, going beyond the body.
Sometimes I think that Postkaarten is also the testimony of what will be since a permanent feeling: the lack .... of my family, my friends, or where I come from…